Chapitre 2:
Bastien marchait à vive allure, il mit son MP3 à ses oreilles et chercha la musique la plus dynamique qu'il avait dans son répertoire. Il s'arrêta sur Hysteria de Muse qui lui semblait bien assez motivante pour espérer avoir son bus. Six, sept minutes de course plus tard, il arriva enfin à son arrêt. 8h 57, la respiration haletante il observa les alentours et ne put que constater le fait qu'il n'y avait personne. Il lâcha un juron et se cala sur un petit muret non loin d'une poubelle. Tentant de se calmer il récapitula sa situation :
Il entrait en seconde, certe avec heure de retard et plus si son bus ne venait pas, mais il allait certainement y arriver. Il savait qu'il n'était pas très brillant scolairement, il avait redoublé sa troisième et cela lui donnerait sûrement une année de plus que la plupart des élèves de sa future classe. Il avait horreur de se faire observer et étiqueter en tant qu'aîné ou tout autre qualification sociale sans grand intérêt, mais le fait d'arriver après tout les autres dès le premier jour lui donnerait sûrement un nom prédéfini aux yeux de tous et cela le rendait assez mal à l'aise. Il voulait faire une entrée discrète dans ce lycée et cela ne serait malheureusement pas le cas s'il arrivait en retard.
Bastien sortit de son sac un petit bout de papier où était marqué le bus qu'il devait prendre : LM2.A. le stress s'amplifia un peu plus dans son thorax il n'y avait toujours personne à cette arrêt et il commença vraiment à se demander sil n'avait pas raté son bus, cela ne l'arrangerait que moyennement, le lycée se trouvait à une heure de marche, il ne pouvait se permettre de perdre encore plus de temps.
Soudainement un garçon sortit d'une ruelle non loin et vint se poser gentiment à quelque pas de notre adolescent. Il était grand, blond, les cheveux au niveau des épaules avec un visage chevaleresque. Ses yeux bleu sondaient étrangement Bastien qui se sentit très rapidement nerveux. Après quelques secondes à se sentir observé de haut en bas, notre jeune homme se retourna et regarda violemment le grand blond comme pour le défier de continuer cette inspection. Ce dernier courageux ou insouciant tenta une approche :
_Heu salut...
Bastien ne dévia pas son regard d'attaquant et ne pris pas la peine de gaspiller sa salive à lui répondre
_Je te t'ai jamais vue à l'arrêt, continua t-il, tu as déménagé récemment ?
Notre adolescent ne voyait absolument pas en quoi sa vie concernait ce garçon, mais après quelques secondes de réflexion, cette personne aux airs un peu niais pourrait peut-être l'aider à se repérer dans le lycée, il lui répondit donc de la voix la plus doucereuse qu'il put :
_...je rentre en seconde.
_En seconde ? Vraiment ? Mais leur rentré n'était pas il y a une heure ?
_Si, rétorqua amèrement Bastien, ce garçon commençait vraiment à lui taper sur le système mais il devait vraiment lui soutirer le plus d'information qu'il le pouvait :
_...heu, tu ne saurais pas...par un merveilleux hasard ?...où devaient se réunir les secondes ?
_Si évidement, répondit-il en souriant bêtement, ils doivent théoriquement se retrouver dans le bâtiment I où ils subissent chaque année une longue morale sur le bac et tout le charabia habituel, ensuite ils sont dispatchés dans leurs salles respectives avec leurs professeurs principaux. A l'heure qu'il est, ils sont sûrement déjà tous en classe. Il y a un grand tableau à l'entrée du bahut où sont inscrit tous les noms des élèves ainsi que leurs salles.
_...merci, bougonna simplement Bastien.
_Et quel est ton nom ? Tenta le blond
Notre adolescent lui lança un regard qui signifiait très clairement « j'ai eu ce que je voulais, maintenant fous-moi la paix ».Le garçon face à ce regard abandonna sa tentative avec un bref « O.K... » .
Bastien regarda négligemment la rue et son regard s'arrêta sur un bus qui attendait au feu précédant l'arrêt. Sur l'enseigne était inscrit LM2 .A. Mentalement, il s'accorda un soupir de soulagement, il n'avait que dix minutes de retard...tout-à-fait normal.
Le bus alla se caler devant le blond qui monta à l'intérieur, suivi de près par Bastien qui n'aurait jamais pensé être aussi soulagé de monter dans un moyen de transport scolaire. Le bus était assez rempli mais il restait encore des place assises et le chauffeur le regarda grimper les marches comme si certaines personnes ne méritaient pas d'aller dans son véhicule. Bastien l'observa d'un air hautin au possible, et valida sa carte. Si le chauffeur savait que ce garçon, à l'aide de cette même carte, avait étalé sa cocaïne le matin même, il l'aurait sûrement éjecté du bus. Avec un petit rictus, Bastien alla s'asseoir à une place qui lui permettrait d'observer les nouveaux arrivants.
A l'arrêt suivant, quatre personnes montèrent. La première laissa complètement indifférent notre adolescent, mais les deux qui suivirent attirèrent sont attention. C'était deux garçons, l'un les cheveux en bataille, brun avec les yeux marron. Il était habillé de façon très classique en jean, baskets. Le second avait les cheveux coupés très courts sauf à un endroit où était tressé une longue atebas,lui aussi était brun et ses habits n'étaient pas hors du commun. Mais tout deux avaient un air de déjà vue. Le cœur de Bastien se serra lorsqu il vit monter la dernière personne. Tout d'un coup il remit très bien dans leurs contextes les deux garçons décrits précédemment, l'un était le frère du troisième (leur ressemblance n'était pas flagrante) et l'autre était leur cousin. Le troisième garçon se prénommait Ludovic, il était extrêmement brun avec une longue mèche de cheveux qui lui cachait la moitié du visage, il portait un bonnet noir (étrange vu la température extérieure) qui était parfaitement accordé à la couleur de ses yeux, il avait un tee-shirt noir sur lequel était inscrit un signe d'anarchie en orange fluo, son pantalon était soutenu par des bretelles elles aussi orange ornée de petite étoiles noir,son pantalon qui semblait trop large pour le gabarit du jeune homme était vulgairement retroussé aux chevilles pour éviter qu'il ne traîne trop par terre, ses chaussure larges et délacées laissaient apercevoir des chaussettes oranges, enfin il portait un long sac en bandoulière qui lui arrivait au niveau des mollets et sur lequel était accrochés divers badges et décorations de tissus et cannettes de bières.
Si Bastien semblait si bien le connaître et attacher une grande importance à son physique c'est tout simplement parce qu'il lui avait déjà parler plus tôt dans sa jeunesse. Les deux garçons semblaient d'ailleurs avoir un intérêt grandissant l'un pour l'autre mais hélas pour eux, Bastien avait dû déménager loin de la ville, pour rejoindre son tuteur, qui le réexpédia un an plus tard.
Ludovic passa à ce moment là en seconde et notre préadolescent lui resta en troisième mettant fin à tout contact possible. Évidement il aurait pu allez le voir à la sortie du lycée ou même chez lui mais il était bien loin de trouver le courage suffisant, sachant pertinemment que ses attentions ne devaient pas être réciproques.
Il semblerait que le garçon ainsi observé ne témoignait aucun intérêt pour Bastien ce qui eu le don d'agacer ce dernier au plus haut point. Il n'avait pas vraiment changé physiquement quelques kilos en moins sûrement et de l'âge en plus mais Ludovic ne pouvait se permettre de l'ignorer ainsi ! Au moins au nom de leur amitié passé. L'idée que le jeune homme n'ait simplement pas aperçu Bastien lui traversa l'esprit, mais il ne voulait pas bêtement se raccrocher à de faux espoirs. Il rumina pendant près d'une demi-heure en regardant aléatoirement Ludovic et le paysage qui défilait sur les vitres pleines de crasse et de buée. Il s'en voulait, il s'en voulait d'attacher tout d'un coup une trop grande importance à un être réel autre que lui-même, ce qu'il désirait c'était vivre sa vie seul sans inconvénients humains particuliers.
Au bout de trois quarts d'heure de trajet, Bastien avait eu le temps d'observer toutes les coutures du jeune garçon resté debout accroché à une barre de fer. Son regard passa négligemment sur son cousin qui regardait tout d'un coup vers sa direction avec une attention particulière. Bastien en alerte rouge de honte tourna précipitamment la tête vers la fenêtre à s'en créer un torticolis. Étant privé de vue, il se raccrocha à son ouïe et se concentra pour entendre la conversation voisine. Il n'entendit qu'un vague « tu es sûr ? » ce qui fut loin de le rassurer. Se concentrant un peu plus sur la vitre, il put s'apercevoir que l'on pouvait distinguer assez clairement les passagers du bus dans le reflet de la vitre crasseuse. Il plissa ainsi les yeux pour étudier la silhouette de Ludovic qui ne mit pas longtemps à se retourner pour regarder, intriguer, le garçon qui se trouvait assis sur le siège. Bastien sentit ce regard, lourd, pesant, plein de souvenirs remontant loin dans le passé, il voulait contempler le regard de Ludovic, voir s'il avait changé pendant ces deux ans d'absence, voir sil avait la moindre once d'admiration. Bastien trop avide de souvenirs, tourna la tête et se retrouva face au visage de Ludovic.
Ses yeux noirs pétillèrent légèrement au contact de ceux de notre ami étonnamment clairs, une sensation toute nouvelle et étrangement stressante traversa les deux garçons, qui se sentaient à la fois accrochés et évasifs. Ils ne restèrent ainsi que quelques instants, qui pourtant parurent bien long aux yeux de Bastien, complètement perdu dans la finesse expressive de ceux de Ludovic. Ce dernier n'avait pas l'air de vouloir (ou de pouvoir) bouger, il tenait toujours sa barre de fer mais d'une façon légèrement différente, peut être avec un peu moins d'assurance, pas assez pour engendrer un quelconque déséquilibre ou même intriguer les membres de sa famille toujours assis derrière lui, mais assez pour créer un léger balancement qui n'échappa pas au yeux de notre garçon. Ludovic se retourna (au grand malheur de Bastien) et fouilla négligemment dans son sac pour en sortir un papier ainsi qu'un crayon. Il griffonna quelques mots pendant que le bus ralentissait doucement sa course, terminus, arrivé au Lycée !
Les élèves sortirent tous plus ou moins précipitamment du véhicule, Ludovic lui s'approcha de Bastien et lui glissa le morceau de papier dans sa mains, puis lui sourit délicatement avant de suivre le flot des étudiants, stressés et excités de débuter une nouvelle année.
Bastien lui sortit bon dernier encore légèrement chamboulé par cette histoire, il se dirigea ensuite lui aussi vers les grande porte du Lycée pour son premier jour de classe.
Petit dessin de Ludovic ;)